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Art in October
Octobre en ouverture
byKiki Müller

Maria Lassnig and Edvard Munch
Kunsthaus, Zurich

02.10.2026 - 21.02.2027

Few painters mattered more to Maria Lassnig than Edvard Munch, yet only now has a museum given the pair an exhibition of their own. Its subtitle, Flow of Paint = Flow of Life, is borrowed from a 1996 work by Lassnig and could hardly put it better: for both artists, living and painting were one and the same. And both returned again and again to the same subjects: the body, desire, illness and death. But where Munch confronted the great themes of existence as they played out around him, Lassnig turned inwards, painting her own body as she felt it. It is in that difference, more than in any likeness, that the exhibition comes alive.

Peu de peintres ont autant compté pour Maria Lassnig qu'Edvard Munch, et pourtant, aucun musée ne leur avait encore consacré d'exposition commune. Son sous-titre, Flow of Paint = Flow of Life, emprunté à une œuvre de Lassnig de 1996, ne pourrait mieux tomber : pour l'un comme pour l'autre, vivre et peindre ne faisaient qu'un. Tous deux sont sans cesse revenus aux mêmes sujets : le corps, le désir, la maladie et la mort. Mais tandis que Munch affrontait les grandes questions de l'existence telles qu'elles se jouaient autour de lui, Lassnig, elle, regardait en elle-même et peignait son corps tel qu'elle le ressentait. C'est dans cette différence, bien plus que dans leurs ressemblances, que l'exposition prend toute sa force.

The 90s. Art and Fashion
Tate Britain, London

08.10.2026 - 14.02.2027

More than 100 photographs, paintings, sculptures, films and garments by nearly 70 artists, photographers and designers: The 90s. Art and Fashion is the first major institutional exhibition to treat the decade's art and fashion as one story. Guest-curated by Edward Enninful, the show opens with the anti-fashion photography of Corinne Day, Juergen Teller and Nigel Shafran, the pictures that made glossy perfection look suddenly out of date. Fashion arrives with Alexander McQueen and Hussein Chalayan, two designers who treated the catwalk as a stage for ideas, McQueen through shock and spectacle, Chalayan through conceptual precision. Add Tracey Emin, Damien Hirst and Sarah Lucas to the mix, and it becomes clear how freely influence moved between the gallery and the runway, and how much of that freedom still shapes the way we look today.

Plus d'une centaine de photographies, peintures, sculptures, films et vêtements, près de soixante-dix artistes, photographes et créateurs : The 90s. Art and Fashion est la première grande exposition institutionnelle à raconter l'art et la mode de la décennie comme une seule et même histoire. Sous le commissariat invité d'Edward Enninful, le parcours s'ouvre sur la photographie anti-mode de Corinne Day, Juergen Teller et Nigel Shafran, ces images qui, du jour au lendemain, ont rendu la perfection glacée bien datée. Viennent ensuite Alexander McQueen et Hussein Chalayan, deux créateurs qui ont fait du défilé un théâtre d'idées, l'un par la provocation et le spectacle, l'autre par la rigueur conceptuelle. Qu'on y ajoute Tracey Emin, Damien Hirst et Sarah Lucas, et l'on mesure à quel point les influences circulaient librement entre la galerie et le podium, et combien cette liberté façonne encore notre regard.

Sophie Calle. Matrimoni, Rotture e Funerali inclusi
Maxxi, Rome

16.10.2026 - 07.02.2027

For more than four decades, Sophie Calle (b. 1953) has used her own life as raw material: love affairs and their endings, strangers she followed through cities, losses she could find no other way to bear. Few artists have blurred the line between life and work so completely, and fewer still have done it with such wit. Her survey at MAXXI is titled Matrimoni, Rotture e Funerali inclusi — weddings, break-ups and funerals included — as if life came with small print. Moving between photography and text, it circles what it means to be with someone, and what remains once they are gone. Today, in an age of endless oversharing, her quiet questions about intimacy and exposure have never seemed more urgent.

Depuis plus de quarante ans, Sophie Calle (née en 1953) puise dans sa propre vie : ses amours et leurs fins, des inconnus filés à travers les villes, des deuils qu'elle n'a su traverser qu'en en faisant œuvre. Rares sont les artistes à avoir à ce point confondu l'art et la vie, plus rares encore ceux qui l'ont fait avec autant d'esprit. Au MAXXI, sa rétrospective s'intitule Matrimoni, Rotture e Funerali inclusi, soit mariages, ruptures et enterrements compris, comme si l'existence avait ses conditions générales. Photographies et textes s'y répondent autour d'une même question : qu'est-ce qu'être avec quelqu'un, et que reste-t-il quand l'autre n'est plus là ? À l'heure où chacun étale sa vie privée, ce travail sur l'intimité et son dévoilement n'a jamais paru aussi actuel.

Yu Nishimura. Towards a Sea
Lafayette Anticipations, Paris

21.10.2026 - 03.01.2027

Japanese painter Yu Nishimura (b. 1982) paints the kind of moments most of us barely register: a figure glimpsed in passing, the view from a train window, a strip of sea between two houses. Drawing as much on street photography and anime as on art history, his paintings feel entirely of the present and yet strangely like memories. Towards a Sea, his first institutional solo exhibition in France, brings together around fifty works from the past decade, from drawings to large canvases, some made especially for Paris. The sea runs through all of them, less a subject than a horizon that has accompanied him since childhood, while faces, animals and plants drift in and out of view — so that walking through the rooms feels a little like watching a film unfold one frame at a time.

L'artiste japonais Yu Nishimura (né en 1982) peint ces instants que l'on remarque à peine : une silhouette entrevue au passage, le paysage qui défile derrière la vitre d'un train, un bout de mer entre deux maisons. Nourries autant par la photographie de rue et l'animation japonaise que par l'histoire de l'art, ses peintures sont résolument de notre temps et ont pourtant l'étrangeté d'un souvenir. Première exposition personnelle de Nishimura dans une institution française, Towards a Sea réunit une cinquantaine d'œuvres de la dernière décennie, des dessins aux grands formats, dont certaines réalisées spécialement pour Paris. La mer les traverse toutes, moins comme un sujet que comme un horizon qui accompagne l'artiste depuis l'enfance, tandis que visages, animaux et plantes apparaissent puis s'effacent. Parcourir les salles, c'est un peu comme voir un film se dérouler image par image.

Ruth Asawa
Fondation Beyeler, Riehen

18.10.2026 - 10.01.2027

Ruth Asawa (1926–2013) could turn a coil of wire into something that seems to breathe. Looped by hand, her hanging forms are at once solid and transparent, and cast shadows almost as intricate as the sculptures themselves. She never saw much reason to separate art from craft, or art from everyday life, and moved just as freely between sculpture, drawing, printmaking and public commissions. Long celebrated in the United States and still a discovery for many in Europe, she is the subject of a centenary retrospective that has travelled from SFMOMA to MoMA and the Guggenheim Bilbao, and now ends its tour in Riehen. Her suspended forms could hardly ask for a better setting than Renzo Piano's light-filled rooms.

Entre les mains de Ruth Asawa (1926-2013), un simple fil de fer semblait prendre vie. Façonnées boucle après boucle, ses formes suspendues, à la fois pleines et transparentes, projettent des ombres presque aussi ouvragées qu'elles. Pour Asawa, l'art n'a jamais été un monde à part : il naissait sur la table de la cuisine aussi bien qu'à l'atelier, dans le dessin et l'estampe autant que dans la sculpture, dans les fontaines publiques autant que dans les galeries. Célébrée de longue date aux États-Unis, encore à découvrir pour beaucoup en Europe, elle fait l'objet d'une rétrospective marquant son centenaire qui, après le SFMOMA, le MoMA et le Guggenheim Bilbao, achève sa tournée à Riehen. Difficile d'imaginer écrin plus juste pour ses formes suspendues que les salles baignées de lumière de Renzo Piano.

Ted Joans. Black Flower
MCBA, Lausanne

09.10.2026 - 28.02.2027

Ted Joans (1928–2003) wrote poetry the way he had once played the trumpet: fast, loose and driven by the rhythms of bebop and blues. He was a Beat poet in New York, a Surrealist embraced by André Breton himself, and a lifelong traveller between America, Europe and Africa who never let any one of these worlds claim him entirely. Alongside his writing, he made drawings, paintings, collages and films, many of them never shown before. It is this visual side of his work that MCBA now brings to light, in the first museum exhibition devoted to him. He liked to call himself a black flower, and the image fits: deep roots, and a stubborn refusal to grow only where he was planted.

Ted Joans (1928-2003) écrivait comme il avait autrefois joué de la trompette : vite, librement, porté par les rythmes du bebop et du blues. Poète de la Beat Generation à New York, surréaliste adoubé par André Breton en personne, il a passé sa vie à voyager entre l'Amérique, l'Europe et l'Afrique, sans jamais se laisser enfermer dans aucun de ces mondes. Il a aussi dessiné, peint, réalisé des collages et tourné des films, restés pour beaucoup inédits. C'est ce versant visuel de son œuvre que le MCBA met aujourd'hui en lumière, dans la première exposition monographique qui lui est consacrée. Il aimait se décrire comme une fleur noire, et l'image lui va bien : des racines profondes, et un refus obstiné de ne pousser que là où on l'avait planté.

Chez Matisse. Masterpieces from Centre Pompidou
H'ART Museum, Amsterdam

03.10.2026 - 14.02.2027

For Henri Matisse (1869–1954), colour was never there to describe the world, but to build one. He spent half a century paring painting back to what he felt truly mattered, until, in his final years, he was cutting shapes straight out of painted paper. Chez Matisse follows that path from his early years as a painter to the late cut-outs, with more than thirty masterpieces on loan from the Centre Pompidou. What lifts it above a greatest-hits tour is the company he keeps: hung alongside Picasso, Rothko and Barnett Newman, Matisse appears less as a lone genius than as the centre of a conversation that shaped much of twentieth-century art.

Chez Henri Matisse (1869-1954), la couleur n'a jamais servi à décrire le monde, mais à en construire un. Pendant un demi-siècle, il n'a cessé d'épurer sa peinture, jusqu'à en venir, à la fin de sa vie, à découper ses formes à même le papier gouaché. Chez Matisse retrace ce cheminement, de ses débuts de peintre aux derniers papiers découpés, à travers plus d'une trentaine de chefs-d'œuvre prêtés par le Centre Pompidou. Ce qui en fait bien plus qu'un florilège, c'est le voisinage : accroché aux côtés de Picasso, Rothko et Barnett Newman, Matisse n'y apparaît plus en génie solitaire, mais en figure centrale d'un dialogue qui a façonné une bonne part de l'art du XXe siècle.

Remember Me
Bourse de Commerce, Paris

07.10.2026 - 18.01.2027

Two hundred years after Nicéphore Niépce fixed the first permanent image, photography is everywhere: scrolled past by the billion, yet rarely looked at for long. Remember Me invites us to slow down. Drawn entirely from the Pinault Collection, it brings together more than 700 works by 80 artists, from Gustave Le Gray to Wolfgang Tillmans, and rather than marching through the decades, it lets images from different eras answer one another across the rooms. At its heart is a gallery devoted to Irving Penn alone, with nearly 450 photographs spanning six decades of portraits, fashion and still lifes. The exhibition’s title, borrowed from Barbara Kruger, is the plea behind every image in the show: in a world flooded with pictures, being remembered is no small thing.

Deux cents ans après que Nicéphore Niépce a fixé la première image durable, la photographie est partout : on en fait défiler des milliards, sans presque jamais s'y attarder. Remember Me nous invite à ralentir. Entièrement issue de la Collection Pinault, l'exposition réunit plus de 700 œuvres de 80 artistes, de Gustave Le Gray à Wolfgang Tillmans, et plutôt que de dérouler les décennies, elle laisse les images de différentes époques se répondre d'une salle à l'autre. En son cœur, une galerie entière est consacrée à Irving Penn, avec près de 450 photographies couvrant six décennies de portraits, de mode et de natures mortes. Le titre de l'exposition, emprunté à Barbara Kruger, est la supplique que murmure chacune des œuvres exposées : dans un monde saturé d'images, rester dans les mémoires n'a rien d'anodin.

Sabine Marcelis. Light and Colour
Museum für Gestaltung, Zurich

30.10.2026 - 04.04.2027

The Dutch designer Sabine Marcelis (b. 1985) works with light the way others work with clay. In her hands, glass, resin and stone become something closer to atmosphere than object: blocks that glow from within, surfaces that catch the sun and hand it back in colour. In Light and Colour, one of her rare museum exhibitions and the first in Switzerland, key pieces from recent years meet new light works created especially for the Toni-Areal, where mirrors and coloured light turn the rooms themselves into part of the work. On a grey winter afternoon, the exhibition makes a compelling case for light as a material in its own right.

La designer néerlandaise Sabine Marcelis (née en 1985) travaille la lumière comme d'autres modèlent la glaise. Entre ses mains, verre, résine et pierre se font atmosphère plus qu'objet : des blocs qui semblent s'illuminer de l'intérieur, des surfaces qui captent le soleil pour le restituer en couleur. Dans Light and Colour, l'une de ses rares expositions muséales et la première en Suisse, des pièces maîtresses de ces dernières années côtoient de nouvelles créations lumineuses conçues spécialement pour le Toni-Areal, où miroirs et lumières colorées intègrent les salles elles-mêmes à l'œuvre. Par un après-midi d'hiver grisâtre, l'exposition démontre avec éclat que la lumière est un matériau à part entière.