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Everything Considered
Tout en Nuance
byJanne Aunan
Designer, creative consultant and curator Janne Aunan on rediscovering what has been lost, and an enduring love for the incomplete.
Designer, consultante créative et curatrice, Janne Aunan évoque la redécouverte de ce qui s'est perdu, et un amour indéfectible pour l'inachevé.

I find pleasure in contrasts, in incompleteness; I always have. As a child, my favourite pastime was raiding my parents' wardrobe. I remember one piece in particular: a chiffon co-ord in a beautiful soft beige, my mother's, far too large for me. I cut it to my length and paired it with my beloved cowboy boots, a purple mini skirt worn on top, and my stone collection — yes, I carried it with me everywhere. I'm not sure my mother was entirely pleased about the customised set, but I remember the feeling distinctly: this is it. My style will never be better than this.

Le contraste m'a toujours attirée, l'inachevé aussi. Quand j'étais petite, mon occupation favorite était de faire les armoires de mes parents. Je me souviens d'une pièce en particulier : un ensemble en mousseline d'un beige doux et délicat, celui de ma mère, bien trop grand pour moi. Je l'ai coupé à ma taille, porté avec mes santiags bien-aimées, une mini-jupe violette par-dessus, et ma collection de pierres, que je traînais partout avec moi, évidemment. Ma mère n'était peut-être pas entièrement ravie de l'ensemble ainsi customisé, mais je me souviens avoir pensé : C'est ça. Question style, jamais je ne ferai mieux.

I moved to Brussels not so long ago. Relocating has a way of sparking fresh inspiration, I find. Your routines get disrupted, and you begin to see things, your surroundings, differently. That was something I genuinely needed. I had grown a little stuck, somewhat worn by it all. And so here I am, in a new country, a new city, still adjusting, still learning, still discovering.

Coming here has made me want to create again. I do have a background in design, but I hadn't pursued that kind of making in years — it's as though I had forgotten I even could. Here in Belgium, though, I almost feel embarrassed not to. There is just something about living in the same country where Martin Margiela, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Glenn Martens, Mathieu Blazy and so many others took their first steps toward building something remarkable.

Je me suis installée à Bruxelles il y a peu. Changer d'endroit a ce pouvoir, je trouve, celui de raviver quelque chose. Les habitudes se brisent, le regard se renouvelle. C'est exactement ce dont j'avais besoin. Je m'étais un peu enlisée, lassée de tout, pour être honnête. Alors me voilà, dans un nouveau pays, une nouvelle ville, encore en train de m'adapter, de découvrir, d'apprendre.

Depuis mon arrivée, j'ai retrouvé l'envie de créer. Le design fait partie de mon parcours, mais je n'avais plus vraiment créé depuis des années. Comme si j'avais oublié que j'en étais capable. Ici, en Belgique, je me sentirais presque coupable de ne pas le faire. Il y a quelque chose d'indéfinissable à vivre dans le même pays que Martin Margiela, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Glenn Martens, Mathieu Blazy et tant d'autres, là où tout a commencé.

Since I never got around to getting a driver's licence, I walk most places — and given my appreciation for architecture, it feels like a happy coincidence. The way a street evolves over time genuinely fascinates me. In Brussels, I find myself particularly drawn to the modernist and brutalist buildings. They speak to the more minimal side of my sensibility, and the fact that they sit alongside Art Nouveau, Art Deco, Baroque and Classical architecture only makes them more compelling.

Comme je n’ai jamais pris le temps de passer mon permis de conduire, je me déplace principalement à pied. Et étant donné mon intérêt pour l’architecture, cela me semble être un heureux hasard. La manière dont une rue évolue au fil du temps me fascine véritablement. À Bruxelles, je me sens particulièrement attiré par les bâtiments modernistes et brutalistes. Ils reflètent une sensibilité plus minimaliste en moi, et le fait qu’ils côtoient l’Art nouveau, l’Art déco, le baroque et l’architecture classique ne fait que les rendre plus captivants.

When you have to look a second time because you are not entirely sure what you saw: that is what I seek. That's my favourite moment.
Où l'on doit regarder à deux fois, parce qu'on n'est pas tout à fait sûr de ce qu'on a vu : c'est ce que je cherche. C'est mon moment préféré.

Left: Alfred Stevens, Lovelorn, 1874
Right: Alfred Stevens, Woman in White, 1872

I am still very much discovering the art scene here, little by little. As with fashion, there is so much history to dive into. Lately I have found a great deal of inspiration in paintings of women from the 1800s and early 1900s — the fabric of their dresses, the silhouette, the hair, the quiet in-between moments. It is such a contrast from what I am usually drawn to, but that is probably exactly what pulls me in. Everything feels so considered, so complete.

Je continue à découvrir la scène artistique ici, petit à petit. Comme pour la mode, il y a une richesse historique immense à explorer. Récemment, je trouve beaucoup d’inspiration dans les peintures de femmes du 19e et du début du 20e siècle, dans les tissus de leurs robes, les silhouettes, les coiffures, et ces moments suspendus du quotidien. C’est un contraste assez fort avec ce qui m’attire habituellement, mais c’est sans doute précisément pour cela que j’y reviens. Tout y paraît d’une grande justesse, presque accompli.

A few weeks ago I visited Collectible, a wonderful fair for 21st-century design. Walking through the stands with a friend, I realised I am deeply fascinated by glass art — something I had never really reflected on before. The shapes speak for themselves, of course, but what truly resonates is the fact that you can melt it down, reshape it, reuse it. That idea has been sitting with me, as I have lately found myself more drawn to redesigning a garment than making one from scratch.

I like the challenge of changing up a piece I have had for a while but never use — making a noticeable change, something that will make me want to reach for it again, without it becoming a huge project.

Il y a quelques semaines, j’ai visité Collectible, une très belle foire dédiée au design du 21e siècle. En parcourant les stands avec un ami, j’ai réalisé que j’étais profondément fasciné par l’art du verre, quelque chose auquel je n’avais jamais vraiment prêté attention auparavant. Les formes parlent d’elles-mêmes, bien sûr, mais ce qui me touche surtout, c’est l’idée qu’on puisse le faire fondre, le remodeler, le réutiliser. Cette idée m’accompagne depuis quelque temps, car je me sens ces derniers temps plus attiré par la transformation d’un vêtement que par la création d’une pièce à partir de zéro.

Ce qui m'attire, c'est le défi de transformer une pièce que je possède depuis longtemps mais qui ne me sert plus. Lui donner une nouvelle vie, suffisamment marquée pour me donner envie de la ressortir, sans que ça devienne un chantier.

Even if I no longer carry around a stone collection or cut up my mother's clothes, I continue to look for ways to personalise my life — to add contrast to what I wear, the spaces I inhabit, and even the way I speak. However, it has maybe not been that visible the last few years. Moving to Brussels, though, I (finally!) feel that part of me has found a little spark again.

Même si je ne trimballe plus ma collection de pierres ou ne découpe plus les vêtements de ma mère, je continue de chercher à faire de ma vie quelque chose qui me ressemble, dans ce que je porte, les espaces que j'habite, jusque dans ma façon de parler. Ces dernières années, cette part de moi s'était peut-être un peu effacée. Mais depuis que je suis à Bruxelles, je la sens se rallumer.